Questions/Réponses

La mise à disposition de parcelle à un tiers pour une culture de pommes de terre doit faire l'objet d'une attention particulière, notamment vis-à-vis du respect de la réglementation française. Ce questions/réponses vise à éclaircir certains points. Il sera enrichi au fur et à mesure des questions qui nous sont remontées par les lecteurs.
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Gestion des terres de lavage/triage et recommandations contre les parasites de quarantaine

1. Comment doivent être gérées les terres de lavage provenant de parcelles dont le statut phytosanitaire n’est pas connu ?

Les terres de lavage des pommes de terre sont des déchets d’industrie. Elles ne doivent pas être récupérées et mises sur les parcelles. En effet, ces terres sont mélangées lors des process. Provenant d’une multitude de parcelles et d’exploitations différentes, elles peuvent contenir des organismes nuisibles, dont les nématodes à kystes de la pomme de terre Globodera rostochiensis et Globodera pallida.

 

Certains lots de tubercules destinés à l’export vers les pays-tiers sont analysés en recherche de Globodera. En cas de résultat favorable, la terre issue de ces tubercules est définie comme indemne de ces nématodes. Néanmoins, des lots destinés à l’export et ceux destinés au marché local ou européen ne sont pas analysés. En entrepôt, les lignes de déterrage n’étant souvent pas séparées, les terres retirées des tubercules se retrouvent mélangées, n’offrant aucune garantie sanitaire.

2. Quels sont les enjeux sanitaires liés aux terres de lavage ?

Même si certains lots sont vérifiés comme exempts de Globodera, d’autres organismes nuisibles peuvent être présents et contaminer aussi d’autres types de cultures. Outre les organismes de quarantaine réglementés, des organismes non recherchés sur les tubercules de consommation, mais impactant la qualité des végétaux, peuvent être transmis par la terre. Il peut s’agir soit des nématodes Heterodera ou les virus de Rhizomanie qui peuvent se développer sur des cultures de betteraves, soit des nématodes Ditylenchus dipsaci sur les cultures d’oignons. Pour les producteurs de plants de betteraves ou d’oignons, ces organismes peuvent être problématiques, car leur présence sur les végétaux ne permet pas l’attribution du Passeport Phytosanitaire.

 

La diffusion des organismes nuisibles, notamment par les terres de lavage, peuvent impacter ainsi différentes filières : exportation vers les pays-tiers, échanges intracommunautaires de végétaux, production de plants ou de semences. Or, les schémas économiques de ces différentes filières sont intimement liés.

 

Il est primordial de continuer à lutter contre le nématode Globodera. Sans la poursuite des mesures de lutte obligatoire, de nombreux exports ne seraient plus autorisés par les pays-tiers, même avec l’analyse systématique du lot de pommes de terre de consommation. Le manque de débouchés d’exportation impacterait alors le marché national ou européen, qui se trouverait saturé, avec une baisse mécanique de la valeur des tubercules à la vente. Le fait de lutter contre ce nématode et d’éviter les pratiques à risque liées aux terres de lavage permet de protéger l’ensemble des filières.

3. Que faire lorsque l’on est témoin d’un dépôt de terre de lavage ?

Les terres de lavage qui proviendraient d’une industrie (située ou non à l’étranger) correspondent à un déchet industriel. Leur introduction en France est strictement prohibée sans autorisation spécifique. Dans tous les cas, ces matières n’ont pas de finalité à être épandues sur les parcelles agricoles, d’autant plus qu’elles pourraient contenir des contaminants biologiques mais aussi chimiques tels que des métaux lourds. Toute pratique de ce type doit être signalée rapidement aux services de la DRAAF, avec la localisation précise du dépôt de terre (point GPS). Le but est d’intervenir rapidement pour constater l’infraction et son responsable, d’éviter la répartition de la terre et la diffusion des nuisibles ou contaminants potentiels, et d’analyser la terre pour un suivi des risques.

4. Lorsqu’une contamination est détectée en nématode Globodera sur une parcelle déjà emblavée en pommes de terre (non résistantes au nématode), comment doivent être gérées les terres de lavage ?

La parcelle et le lot sont définis comme contaminés.

 

Suite à la première détection, la parcelle fait l’objet d’une interdiction de plantation de pommes de terre pendant 6 ans. L’interdiction peut être reconduite de 3 ans en cas de résultats défavorables après la première période de lutte.

 

De préférence, la récolte doit se faire de façon isolée et en dernier dans l’exploitation.

Le lot est consigné par la DRAAF. Le matériel doit être lavé.

 

Deux possibilités s’offrent sur le devenir des tubercules :

 

  • le lot peut être dirigé vers une industrie agréée pour laver des lots contaminés, pour laquelle il est garanti l’absence totale de risque de contamination lors du process de lavage et de transformation, y compris pour le devenir des déchets.

 

Dans la région Hauts-de-France, une usine possède cet agrément.

 

Une levée de consigne sera alors établie par la DRAAF, sous réserve que le chargement et le transport vers cette usine ne présentent pas de risque de contamination. Les bons d’enlèvement devront être fournis. Il est à noter que l’industriel se réserve la possibilité ou non d’accepter le lot selon la variété des pommes de terre et ses débouchés liés à la transformation.

 

  • le lot peut être lavé à la récolte sur le site de production. Le producteur doit faire une demande de lavage auprès d’une société proposant l’utilisation d’une laveuse mobile sous protocole Arvalis ou sous un autre protocole reconnu (voir la note de service 2019-958). Il doit tenir informé de son choix la DRAAF qui suivra le respect des procédures.

 

Lors du lavage sous protocole Arvalis, les 20 premières tonnes de tubercules lavés seront analysées.

Sous un autre protocole reconnu, une analyse par tranche de 200 T sera réalisée :

 

  • En cas de résultat défavorable, le lot devra être relavé puis ré-analysé, ou détruit.

  • En cas de résultat favorable, le lot est reconnu comme décontaminé. Il peut partir sur le marché européen.

 

Le lavage des équipements sera réalisé.

5. Lorsqu’une contamination est détectée en nématode Globodera sur une parcelle avant emblavement en pommes de terre, comment doivent être gérées les terres de lavage ?

La parcelle est définie comme contaminée.

 

Elle fait l’objet d’une interdiction de plantation de pommes de terre pendant 6 ans suite à une première détection. L’interdiction peut être reconduite de 3 ans en cas de résultats défavorables suite à la première période de lutte.

Les cultures de pommes de terre sont prohibées, ainsi que des cultures de plants d’autres végétaux, à cause de l’export de terre. Réglementairement, les cultures d’autres végétaux de consommation ne sont pas interdites. Mais, il est fortement conseillé d’éviter toutes les cultures exportatrices de terre, telles que les betteraves ou même des oignons de consommation. Dans tous les cas, les végétaux doivent être débarrassés de la terre. Tout transport de terre depuis la parcelle contaminée doit être évité, afin de supprimer les risques de contamination.

6. Comment gérer le matériel dans une parcelle contaminée au cours de la rotation ?

Le matériel doit être lavé après toute utilisation sur la parcelle concernée. Les passages des équipements sont à prévoir en dernier sur la parcelle contaminée. Il faut analyser tous les risques présents dans l’exploitation. Certaines parcelles, utilisées récemment pour la culture de pommes de terre, pourraient être, elles aussi, contaminées. Il est conseillé de les faire analyser. A défaut d’analyse, il vaut mieux utiliser le matériel de façon isolée et en fin de cycle de travail pour les parcelles à risque.

 

7. Dans quelles conditions peut-on implanter des pommes de terre de variété résistantes au Globodera dans une parcelle contaminée ?

L’exploitant peut réaliser une demande de dérogation pour emblaver en pommes de terre de variétés résistantes aux nématodes Globodera. Attention : les tubercules, même s’ils sont résistants, doivent néanmoins subir un brossage ou un lavage obligatoires. L’exploitant devra alors présenter son projet en indiquant le choix de la variété résistante, le choix du nettoyage des tubercules, les modalités pratiques de culture, de stockage et d’utilisation.

La dérogation n’est accordée par la DRAAF qu’après examen de la conformité de la variété. Il est également vérifié les modalités de culture, en respectant les bonnes pratiques agricoles comprenant les rotations d’usage. Il est souligné qu’une culture trop intensive des tubercules résistants peut conduire à des déviances variétales. Ainsi, certaines variétés, trop utilisées de façon répétée, ont perdu leur résistance au nématode. Compte tenu des délais longs pour la recherche variétale (10 ans en moyenne), il vaut mieux préserver la génétique de ces végétaux.

 

La plantation, la culture et la récolte doivent être réalisées de façon isolée et protégée, à cause de la terre contaminée.

8. Comment brosser ou laver un lot de pommes  de terre résistantes au Globodera récoltées depuis une parcelle contaminée ?

Les tubercules récoltés peuvent partir vers une industrie agréée pour laver des lots contaminés, pour laquelle il est garanti l’absence totale de risque de contamination lors du process de lavage et de transformation. Dans la région Hauts-de-France, une usine possède cet agrément.

 

Après la récolte, le lot est consigné par la DRAAF, en raison de la terre adhérente aux tubercules. Il doit être brossé ou lavé sur place dans l’exploitation, en vérifiant que les opérations ne présentent aucun risque de contamination lié à la terre. Si les opérations doivent être effectuées dans une autre exploitation ou société, il faut vérifier que le transport des tubercules terreux ne présente aucun danger.

 

A la suite du brossage ou du lavage, une analyse sur le lot est effectuée pour vérifier l’absence de kystes en surface des tubercules :

 

-> Si le résultat est défavorable, le lot est de nouveau nettoyé.

 

-> Si le résultat est favorable, le lot est déconsigné.

 

Les équipements doivent être lavés.

9. Quels débouchés pour l’industrie sur les variétés de pommes de terre résistantes au nématode  Globodera ?

Une réflexion est amorcée sur les débouchés des variétés résistantes pour l’industrie. Elle doit être suffisamment large, en intégrant les souhaits des consommateurs. Des critères de calibre, de régularité, d’aspect, de couleur à la cuisson, de goût doivent être compris en amont pour améliorer les débouchés des variétés résistantes dans l’industrie. Il faut comprendre qu’il est essentiel de revoir ses propres attentes alimentaires pour accepter des variétés résistantes aux maladies, sans utilisation de produits sanitaires. Cette étape nécessitera un effort de communication de l’ensemble des acteurs de la filière, qui demandera du temps.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

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